Empreinte environnementale du numérique : faut-il s’inquiéter ? Le Sénat lance une mission d’information

"Si rien n’est fait pour changer les tendances actuelles, il est probable que le numérique représentera en 2025 une proportion aussi importante d’émissions de gaz à effet de serre que l’automobile aujourd’hui". C’est le constat dressé devant la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable par Hugues Ferreboeuf, expert au sein du think-tank The Shift Project.

Au cours d’une table ronde réunissant des experts du numérique "responsable", la commission a lancé les travaux d’une mission d’information chargée de travailler sur l’empreinte environnementale du numérique et ses perspectives d’évolution"en évitant l’écueil que constitueraient des approches techno‑béates ou technophobes", a indiqué le président de la commission Hervé Maurey. Interrogé par les sénateurs, M. Ferreboeuf a estimé que la solution pour se remettre sur une trajectoire compatible avec les engagements de l’accord de Paris c’était "la sobriété" : "un Américain possède environ 13 équipements numériques aujourd’hui ; si la tendance se confirme, dans 10 ans, il en possèdera 35 ; la seule façon de revenir à une trajectoire supportable est de revenir à une croissance du numérique de 15 % par an au lieu de 25 %".

Frédéric Bordage, fondateur de GreenIT.fr, a pour sa part insisté sur la première source d’impact environnemental du numérique, à savoir les terminaux des utilisateurs. "Nous sommes tous des drogués du numérique", a-t-il fait valoir, en mettant en garde sur l’enjeu de la criticité des ressources encore disponibles"Au rythme où nous consommons les principaux minerais qui permettent de fabriquer le monde moderne, dans 30 ans, il n’y aura plus de stock", a-t-il ajouté, estimant que l’heure était venue aujourd’hui de faire des choix, notamment sur les usages, l’usage de loisirs constituant depuis 2015 la principale source d’impact environnemental avec "des écrans toujours plus grands, un tsunami d’objets connectés et un nombre de smartphones plus important que d’individus".

Le président de la mission d’information, Patrick Chaize, a mis en avant l’idée d’une "évaluation systématique des gains environnementaux nets des services numériques, afin de mettre en balance leur empreinte environnementale par rapport aux solutions qu’ils apportent", ce que les intervenants ont accueilli comme une piste urgente. Le rapporteur Guillaume Chevrollier a indiqué que la mission se pencherait également sur les outils à mettre en œuvre par les pouvoirs publics pour lutter contre les stratégies de manipulation du consommateur, fondées sur l’addiction, mises en avant par certains psychologues et neuroscientifiques. Interrogé par Jean-Michel Houllegatte, rapporteur de la mission, sur la question de l’impact environnemental du déploiement de la 5G, Frédéric Bordage a rappelé que la 5G n’était "pas nécessaire pour 98 % des usages numériques » et Hugues Ferreboeuf a estimé qu’à moyen terme, elle ne permettrait pas d’innovation majeure mais serait « concentrée sur les usages de loisirs".

La mission rendra ses conclusions au mois de juin 2020.